Sursaut!

Publié le par Norois

Je n’ai pas envie d’en remettre une couche. Je dois dire toutefois que la « levée en masse » de plusieurs millions de Français réaffirmant avec une sorte de tranquillité d’airain et de fraternité souriante, sincère, émouvante, m'a touché. Avec ces millions de mains levées pour dire « non » à la barbarie et à la connerie au nom des valeurs de la République, j'en ai pris avec bonheur, sinon fierté, plein la gueule. Je me suis demandé d’ailleurs si le camarade décliniste Zemmour avait défilé ? De toute façon, le dit zemourrien a aujourd’hui bonne mine. Et fait toujours du mauvais esprit. Mais passons. Ce type ne m’intéresse pas. Reste pour dire un peu les choses, un coup de gueule et deux remarques.

Le coup de gueule sera pour les Amerlocks, tout juste capables de l’effronterie de nous déléguer une simple ambassadrice en lieu et place au moins d’un Secrétaire d’Etat ! La France donc ne vaut point tripette fort juste une courte visite d’Obama à l’ambassade de France de… Washington ! Lors du 11 septembre, l’autre, celui des deux tours, le président Chirac avait immédiatement pris l’avion pour New York. Sans commentaire. Sauf que nous saurons maintenant où sont les vraies priorités américaines. En Asie et que l’Europe en général et la France en particulier, au delà des belles déclarations, même en français, se dem… De toute façon, François Hollande avait déjà eu l’an passé une petite idée de la désinvolture américaine quand, comptant sur le soutien du président américain pour aller sécuriser le ciel syrien avec l’aviation française, le citoyen Obama lui avait fait un bras d’honneur au dernier moment. A moins que le président américain et ses secrétaires d’Etat aient eu la trouille de venir défiler à Paris. CNN en tout cas, tout comme une bonne partie de la presse americaine, a pointé avec regret et gêne cette désaffection. Et cette absence. Amen.

La première remarque sera pour les quelques jusqueboutistes irresponsables de la pensée libre. Quand j’ai entendu dimanche soir sur France 2 le patron de RSF nous balancer le plus tranquillement du monde qu’il fallait se battre pour instaurer un « droit au blasphème », je me suis vite fait servi un scotch, puis je me demandé où habitait ce type ? Ou s’il avait saisi que la manifestation de dimanche, qui a vu des Français de confessions musulmanes défiler main dans la main avec d’autres citoyens de confession juives ou simplement athées, des jeunes avec des vieux, toute une France métissée, comme avait déjà pressenti l’Autre, se respecter au nom des nos libertés communes et de la laïcité bafoués, relevait aussi d’un temps nécessaire à la distance des choses, au respect. Sans mettre de l’huile sur le feu.

Liberté de penser, d’écrire, de publier, d’exercer son esprit critique, de dessiner, d’être féroce dans l’humour, oui, mais pourquoi parler de « droit au blasphème », ce mot qui pour des millions de Français peut aussi avoir une conation provocatrice. Blesser inutilement d'autres de nos compatriotes dans les banlieues. Que la paix des âmes soit aussi le niveau de l’intelligence citoyenne. Que des Etats des pays du Golfe ou d'ailleurs condamnent le blasphème au nom de leur religion musulmane dont on a ici que faire de l'intégrisme stratifié est une chose. Mais ne copions pas ce rigorisme chiito-sunnite ou je ne sais quoi au pays de Voltaire. Soyons plus tolérant. Et patient...

Ma dernière remarque ira, une fois n’est pas coutume, pour les flics qui ont regagné leur brevet de protecteurs de la nation et dont certains Ahmed mériteraient, comme d’autres citoyens qui ont fait preuve de courage en ces circonstances, la légion d’honneur. Bien plus que certains chanteurs, comédiens ou politiques qui se sont vus octroyés cette médaille par on sait quelle opération du Saint-Esprit… Passons là aussi.

Non ce qui est nécessaire c’est que la gauche, et les républicains de tous poils, se réapproprient vite fait cette idée pourtant déjà inscrite dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : la sureté. Il serait temps ne plus laisser cette problématique politique et toutes les questions liées à la sécurité des Français au seul Front National. Et à certains démagogues de service qui tournent autour de l’UMP et de la Sarkozie. Un type comme Julien Dray l’a compris depuis longtemps. Valls paraît sur cette ligne. Les premières décisions « militaires » du Hollandais vont dans ce sens.

Reste, avant les nouvelles épreuves qui s’annoncent, à mettre en œuvre le grand chantier. Autrement dit à repenser notre sécurité publique à l’aune des libertés nécessaires mais en donnant enfin aux forces de l’ordre les moyens en armes et en matériels sophistiqués pour lutter d’efficace et d’implacable façon contre les terroristes. Et les nouveaux cinglés djihadistes qui trahissent l’esprit de Mahomet. En bref que les fusils d’assaut, à tout le moins les armes ad hoc, ne soient plus réservés au GIGN ou au RAID, nos flics et simples gendarmes ne pourront pas exercer leur mission avec leurs actuelles pétoires ! Et que nos systèmes de renseignement s’appuient sur un maximum d’ingénieurs et autres chercheurs au top niveau. Les fous de Dieu vont aussi tenter de briser nos espaces de libertés et nos forces de sécurité via Internet.

Et puis il faudra, ce n’est pas la peine de tourner autour du pot, définir d’autre priorités de sécurité publique qui devront, soyons claire, passer par une dépénalisation du cannabis et une véritable présence de l'Etat avec tout ce que cela induit si l’on veut pouvoir éradiquer le commerce des armes dans les cités et réinstaurer la paix publique et tout simplement la vie dans ces quartiers.

Il ne s'agit naturellement pas d'imaginer je ne sais "Patriot act" à la française. Ce machin inventé par les buschistes n'a rien produit d'efficient hormis Guantanamo. Et les dérives de la NSA. Non, il faut imaginer un schéma de lutte antiterroriste compatible avec la République. Nous avons l’intelligence et la pertinence pour cela.

Il reste qu'il faudra sans nul doute repenser Schengen pour mener cette guerre contre les fous de Dieu qui doit dorénavant oser dire son nom. Imaginer une vraie force de gardes frontières européens pour lutter contre les maffias trafiquantes d’armes et d’êtres humains sera aussi nécessaire. Tout comme repenser sans baratin le rôle délétère de la prison en ces affaires, la mission de l’école publique qui devra être réinvestie par de nouveaux Hussards aux épaules solides et aux salaires motivants si la République veut gagner le combat éducatif et culturel qui dessine devant elle. Il y aurait bien d’autres choses à dire. Mais vous imaginez déjà la tache…

Je n’ai pas l’habitude d’utiliser des grands mots. Mais après ce sursaut républicain du 11 janvier , cette entrée en résistance, que tout le monde n’a pas forcément compris, c’est le destin de la Nation qui se joue. Tout simplement.

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