Trou noir sidéral...

Publié le par Norois

Est-on au bord d’une nouvelle guerre froide, encore plus « glaçante » que la précédente ? A l’aune d’une nouvelle guerre européenne, d’une grave crise internationale aux portes de la France ? A tout le moins d’une situation historique préoccupante, sinon dangereuse ?

A l’écoute, sur France Inter ce mercredi 11 février, des propos de Pierre Lellouche, le député UMP de la 4ème circonscription de Paris on peut en effet que s’inquiéter. Pourquoi ? Parce que lorsque Pierre Lellouche parle de son domaine de compétence, la politique internationale et la géopolitique, il est rarement pris en défaut. Et souvent fort pertinent. Or qu’a tenu à rappeler ce mercredi l’ancien conseiller diplomatique de Jacques Chirac ?

Un, que le sort de l’Europe, d’une certaine façon, se joue à Minsk (*) et dans les jours qui viennent entre Poutine, le président Ukrainien Porochenko, et le tandem Hollande-Merkel. Qu’un échec de cette « rencontre de la dernière chance » serait très vraisemblablement porteur de jours sombres. Avec « le risque d’une guerre totale à trois heures d’avion de Paris ».

Deux, que cet échec, s’il devait être effectif, traduirait hélas l’erreur géostratégique majeure de l’Europe d’avoir fait miroiter d’irresponsable façon l’ouverture des portes de l’Europe à l’Ukraine sans aucun dialogue préalable avec Moscou dont toute l’Histoire montre qu’elle ne « lâchera » jamais ce pays qui relève d’une partie de son imaginaire historique. Et de sa sécurité.

Trois, que derrière le voile ukrainien se profile d’autres tensions, en particulier du coté des pays baltes, membres de l’OTAN, et dont plus de la moitié de ses habitants pour certains d’entre eux sont russophones.

Quatre, que la Russie, il suffit pour comprendre cela de regarder une simple mappemonde, peut avoir le sentiment légitime, d’être « entourée », « encerclée » par les forces occidentales. Le citoyen Julliard peut contester ce point, mais on peut considérer qu'elle l’est de fait par plusieurs dizaines d’importantes bases militaires américaines de l’Europe du Nord au Japon en passant par le Kirkizstan. Sans compter les bases de l’Otan au Kosovo ou ailleurs ni les bases du Proche Orient et celles des « pays alliés » au moyen Orient. Pour Poutine, mais aussi pour l’état major militaire russe, sinon pour le citoyen russe, le constat de ce « fer à cheval » peut engendrer quelque paranoïa justifiée… Surtout quand les pays occidentaux, et Washington en particulier, après la chute du mur de Berlin, ont pris les Russes pour ces cons et manqué à la parole donnée à Gorbatchev, en échange de sa perestroïka, d’aider l’URSS à se sortir de sa mouise économique via l’équivalent d’un nouveau plan Marshall. Ce plan, les Russes n’en ont jamais vu la couleur. Pire, les américains leur ont fait un bras d’honneur. Un pays fier, qui a plus de mille ans d’histoire et existait bien avant que les cow-boys chassent les indiens, n’oublie pas ça…

On pourrait ajouter que cette vacherie d’affaire en rappelle une autre. Vous savez un pays humilié, avec une guerre perdue et un dictateur revanchard. Passons. En espérant de 2015 ne relève pas de 1938. Et l’Ukraine d’un mauvais conte esquissant on ne sait quelle guerre d’Espagne…

Ajoutons, pour tenter d'être à peu près complet, que la Russie qui a "oublié" que Staline avait affamé 3 millions d'ukrainiens en 1932 puis en avait fait déporter autant en 1945- a multiplié ces derniers mois les provocations, allant même jusqu'à envoyer plusieurs de ses bombardiers jouer les touristes au dessus des côtes britanniques ou françaises. Qu'elle abrite toujours la deuxième armée du monde, peut-être pas très sophistiquée mais disciplinée et bien organisée. Que Poutine, formé à l’école du KGB, ne connait que les rapports de force et a fort bien enregistré que ni l'Europe ni l'Otan n'ont moufté lors de l’annexion de la Crimée. Qui d'ailleurs aujourd'hui à Paris, Londres, Rome ou Washington irait mourir pour Sébastopol ? Nous ne sommes plus en 1853.

Rien n’exclut par ailleurs que l'ogre russe, pour le moins escagassé par les sanctions économiques -qu'il ignore toutefois superbement au grand dam de nos techniciens de la finance qui ne connaissent rien au tragique de l'Histoire- n'ait quelques velléités de foutre le bordel aux frontières de l'Europe et de jouer aux apprentis sorciers...

Ajoutons plusieurs points qui étaient aussi en filigrane dans les propos du citoyen Lellouche.

Primo, et ce n’est pas le moins préoccupant, le monde arabe est engagé à terme dans une lutte entre chiites et sunnites, conflit aux conséquences aujourd’hui totalement imprévisibles, sinon que l’on peut imaginer qu’il sera dévastateur. Et d’autant plus explosif que les mèches de l’islamisme radical, qui en est aussi le terreau après l’éternel irrésolution du conflit israélo-palestinien et l’imbécilité de la politique américaine notamment conduite en Irak, peuvent « cramer » toute la bande arabo-méditerranéenne du Liban à la Libye. Autrement dit des pays qui sont aussi à quelques heures d’avions de Paris…

Deuxio, et là encore ce n’est point un jugement de valeur mais un constat, tous les conflits larvées ou incandescents qui sont en train de faire d’une partie de l’Afrique une terre brûlée risquent d’engendrer des vagues d’immigration de la misère dont les actuels mouvements ne sont que des vaguelettes au regard de celles qui risquent de s’échouer par vedettes entières sur nos côtes européennes.

On comprend bien à la lumière de ces derniers rappels le rôle de l’armée française au Mali et dans le désert non loin des dunes libyennes. Mais tiendra-t-elle ? On espère d’ailleurs que les Allemands et les autres européens participeront enfin de façon sonnante et trébuchante, sinon de façon effective à cet engagement militaire, sans plus nous em… avec une dette dont la fustigation, au regard de cette mission, commerce à devenir insultante.

Voilà la photographie générale. Voilà les cartes géopolitiques sur lesquels tout à chacun se doit aujourd’hui de réfléchir. Comme il ne faut point perdre de vue que des pays comme le Pakistan et sans doute plus tôt qu’on ne le croit et le dit, l’Iran, auront « la bombe ». Bonjour le tableau de ce début de XXI e siècle qui se devait, paraît-il, d’être religieux ou de ne pas être !

Entre une France qui se lézarde, une citoyenneté qui n’est plus bien en terre fichée, une situation économique et sociale très fragile, dévastatrice, le manque de civisme des possédants, le cynisme de moult privilégiés, le désespoir de beaucoup et la déconnexion de pas mal d’autres dans les sphères dites « dirigeantes », la France est à la croisée de chemins rugueux. L’Europe qui n’a pensé qu’au fric à défaut de penser aux gens au centre d’un tourbillon. Et le monde -par ailleurs trop pollué- aux abords d’inquiétantes configurations géopolitiques. Comme un trou noir sidéral.

(*) Dernière minute. "Un accord sur l'essentiel" selon Poutine aurait été trouvé mardi 12 février en fin de matinée et après une nuit de discussions et de négociations extrêmement serrées. Si cette accord qui devrait entrer en vigueur le 15 février était effectif ce serait un succès pour le tandem franco-allemand. La Russie étant toutefois la Russie de Poutine on attendra les jours qui viennent, sinon les semaines, pour porter une appréciation plus pertinente et plus distanciée de cette annonce. Rien ne dit par ailleurs que les "indépendantistes" pro-russes qui se sont battus depuis maintenant plusieurs mois respecteront cet accord. Et accepteront de voir une force d’interposition sur "leurs" frontières. Ce petit souci ne relevant pas moins d'une ultime carte planquée dans la manche du nouveau tzar de Moscou, qui vicelard comme il est, pourra toujours arguer qu'il n'est naturellement pour rien dans l’irrespect éventuel du cessez-le-feu par ses affidés qu'il comparera par exemple aux basques ou aux catalans en lutte. En oubliant ses tchétchènes.

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